La maladie politique
En général, pour obtenir une information juste, il est important de s’adresser à un spécialiste. C’est un chimiste, par exemple, qui peut le mieux nous renseigner sur la chimie. Cette règle ne s’applique pas dans tous les cas: une personne qui voudrait s’informer sur la politique ferait bien de ne pas se tourner vers un politicien ou vers toute personne qui gagne sa vie en politique.
C’est que la politique n’est pas un lieu propice à la recherche de la vérité. Cette dernière exige un effort patient, en collaboration avec autrui, vers une fin commune. La politique est tout le contraire. C’est un terrain d’affrontement entre des parties adverses, également convaincues de leur bon droit et déterminées à imposer leur point de vue. Elle ne connaît pas l’objectivité: un homme politique ne s’empare d’un fait que pour le modeler d’une certaine façon, et le présenter de telle sorte que sa propre position paraîtra renforcée aux dépens de l’adversaire. Le meilleur politicien n’est pas celui qui offre la version la plus crédible d’un événement, mais celui qui peut faire admettre cette version par le plus grand nombre de personnes. Dans un régime démocratique, cela exige une simplification des contenus, une élimination presque complète de la nuance: l’événement complexe se transforme en un message simple, facile à digérer. C’est pour cette raison que les débats politiques, d’un point de vue intellectuel, sont si peu satisfaisants.
Il n’y a pas que le contenu de la politique qui soit détestable, il y a aussi la forme, l’indignation facile des députés de l’opposition, la fausse désinvolture des membres du gouvernement, l’incapacité complète à reconnaître les bonnes actions de part et d’autre. Dans la sphère politique, chaque mot est pesé, scruté, analysé. C’est la langue de bois, inventée pour ne blesser personne et se dégager de toute responsabilité chaque fois que cela est possible. Celui qui entre dans une assemblée est tout de suite blessé par la vacuité, par l’insignifiance des propos que s’échangent les parlementaires, et cela dans une déplorable atmosphère d’irrespect, où les participants ne sont jamais si contents que lorsqu’ils parviennent à entacher la réputation de leurs homologues.
Les politiciens ne valent pas beaucoup mieux que des automates. Leurs positions sont si constantes qu’un observateur averti, sur une thématique donnée, n’a jamais de difficulté à prévoir leur opinion avant même qu’ils la formulent. Comment pourrait-il en être autrement? La politique est ainsi faite qu’un chef de parti, pour conserver sa crédibilité auprès des journalistes et de l’électorat, doit supprimer toute forme de contestation dans ses rangs. Les dissidents se voient imposer le silence, ou la sortie. Une formation politique n’est jamais en si bonne position que lorsqu’elle parle d’une voix unique, ce qui signifie que ses membres ont renoncé à toute expression autonome. Censée se nourrir d’idées, la politique est en fait la mort des idées.
Il faut d’autant plus se méfier de la politique qu’elle a une dimension impérialiste: sans que l’on y prenne toujours garde, elle a progressivement colonisé l’ensemble des activités humaines. Ce fait a été démontré par l’absurde lorsque Gilles Duceppe, mis sous emploi par Radio-Canada à la condition de ne pas traiter de politique, a dû démissionner après qu’il soit tombé à court de sujets – avant sa première émission! Chacun des domaines qu’elle envahit, la politique les contamine: toutes les questions, si petites soient-elles, sont susceptibles de devenir l’enjeu d’une épreuve dont l’issue n’est pas déterminée par l’intérêt de toutes les parties, mais par un rapport de forces, inégal et fortuit. À dire vrai, c’est la politique qui crée les insatisfactions qu’elle peine ensuite à résoudre, le cynisme qui la gangrène, et les attentes qu’elle ne remplit jamais.
C’est que la politique n’est pas un lieu propice à la recherche de la vérité. Cette dernière exige un effort patient, en collaboration avec autrui, vers une fin commune. La politique est tout le contraire. C’est un terrain d’affrontement entre des parties adverses, également convaincues de leur bon droit et déterminées à imposer leur point de vue. Elle ne connaît pas l’objectivité: un homme politique ne s’empare d’un fait que pour le modeler d’une certaine façon, et le présenter de telle sorte que sa propre position paraîtra renforcée aux dépens de l’adversaire. Le meilleur politicien n’est pas celui qui offre la version la plus crédible d’un événement, mais celui qui peut faire admettre cette version par le plus grand nombre de personnes. Dans un régime démocratique, cela exige une simplification des contenus, une élimination presque complète de la nuance: l’événement complexe se transforme en un message simple, facile à digérer. C’est pour cette raison que les débats politiques, d’un point de vue intellectuel, sont si peu satisfaisants.
Il n’y a pas que le contenu de la politique qui soit détestable, il y a aussi la forme, l’indignation facile des députés de l’opposition, la fausse désinvolture des membres du gouvernement, l’incapacité complète à reconnaître les bonnes actions de part et d’autre. Dans la sphère politique, chaque mot est pesé, scruté, analysé. C’est la langue de bois, inventée pour ne blesser personne et se dégager de toute responsabilité chaque fois que cela est possible. Celui qui entre dans une assemblée est tout de suite blessé par la vacuité, par l’insignifiance des propos que s’échangent les parlementaires, et cela dans une déplorable atmosphère d’irrespect, où les participants ne sont jamais si contents que lorsqu’ils parviennent à entacher la réputation de leurs homologues.
Les politiciens ne valent pas beaucoup mieux que des automates. Leurs positions sont si constantes qu’un observateur averti, sur une thématique donnée, n’a jamais de difficulté à prévoir leur opinion avant même qu’ils la formulent. Comment pourrait-il en être autrement? La politique est ainsi faite qu’un chef de parti, pour conserver sa crédibilité auprès des journalistes et de l’électorat, doit supprimer toute forme de contestation dans ses rangs. Les dissidents se voient imposer le silence, ou la sortie. Une formation politique n’est jamais en si bonne position que lorsqu’elle parle d’une voix unique, ce qui signifie que ses membres ont renoncé à toute expression autonome. Censée se nourrir d’idées, la politique est en fait la mort des idées.
Il faut d’autant plus se méfier de la politique qu’elle a une dimension impérialiste: sans que l’on y prenne toujours garde, elle a progressivement colonisé l’ensemble des activités humaines. Ce fait a été démontré par l’absurde lorsque Gilles Duceppe, mis sous emploi par Radio-Canada à la condition de ne pas traiter de politique, a dû démissionner après qu’il soit tombé à court de sujets – avant sa première émission! Chacun des domaines qu’elle envahit, la politique les contamine: toutes les questions, si petites soient-elles, sont susceptibles de devenir l’enjeu d’une épreuve dont l’issue n’est pas déterminée par l’intérêt de toutes les parties, mais par un rapport de forces, inégal et fortuit. À dire vrai, c’est la politique qui crée les insatisfactions qu’elle peine ensuite à résoudre, le cynisme qui la gangrène, et les attentes qu’elle ne remplit jamais.


1 Comments:
On voit bien la maladie des politiciens vu ce qui se passe à l'instant présent!
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Swiss life assurance, at 27 décembre, 2011
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