Le Bourgeois hautain

dimanche, novembre 27, 2011

Ménager l'ennemi: jusqu'où?

Dans les guerres contemporaines, les grandes puissances cherchent à limiter autant que possible les pertes de vie civiles. Cette préoccupation est parfois poussée trop loin. Par exemple, lors de la première Guerre du Golfe, les aviateurs américains ont reçu l'ordre de prendre des risques pour eux-mêmes, plutôt que de poser des gestes qui pourraient mettre en danger la vie des civils irakiens. D'un point de vue moral, il s'agit certainement d'une mesure généreuse; mais peut-on dire, du point de vue de la puissance attaquante, qu'il s'agit d'une mesure utile et bonne? À l'appui de cette décision, nous pouvons supposer que les soldats d'une armée seront plus disposés à se battre et à mourir pour leur pays, si celui-ci se montre humain dans la conduite de la guerre. Un gouvernement peut aussi juger que la disparition de quelques soldats n'est pas pour lui si néfaste que la perte de réputation causée par la mort de civils. Toutefois, et il s'agit pour nous d'une objection décisive, il ne saurait être question pour un État de commander l'obéissance de ses membres, s'il ne peut pas montrer qu'il fait tout en son pouvoir pour assurer leur protection. Au contraire, cette obéissance devient problématique, si cet État met en péril la vie de ses propres citoyens pour ménager celle des autres, pour ménager les individus qu'il leur demande justement de combattre. Qu'un gouvernement éprouve des réticences à faire couler le sang des civils ennemis, cela est bien, mais il va contre ses intérêts et contre le bon sens, lorsqu'il place la sûreté de ces gens avant celle des soldats qui combattent pour lui.