Le Bourgeois hautain

samedi, mars 12, 2011

La fin du cercle vertueux

Au XVIIIe siècle, David Hume soutenait que le processus de civilisation prenait la forme d'un cercle vertueux: le développement du commerce raffine les mœurs et les méthodes de gouvernement, et l’amélioration des lois et de la moralité permet en retour l’expansion de l’industrie. Si l'on suit cette conception, le progrès est nécessairement illimité, il ne prend jamais fin. Pourtant, en ce début de siècle, il apparaît clairement que le mécanisme décrit par Hume est rompu et que l'industrie, loin d'adoucir les liens entre les humains, tend au contraire à les distendre. C'est la spécialisation du travail qui en est l'une des raisons majeures. Pour le philosophe écossais, la prospérité économique rendait possible une différenciation des métiers humains, ce qui se traduisait par une multiplication des goûts et des possibilités d'échanges fructueux entre des professions diverses. Toutefois, la science a fait de tels progrès que la communication est devenue presque impossible entre les différentes sphères de la pensée humaine, chacune étant trop complexe pour être bien comprise sans une étude approfondie. En conséquence, les hommes se sont spécialisés dans des champs de plus en plus étroits, et ont renoncé à acquérir des lumières dans des domaines autres que les leurs. C'est ainsi que l'industrie, en même temps qu'elle continue de croître, produit des hommes à dimension unique, et de moins en moins humains.