Le Bourgeois hautain

dimanche, novembre 25, 2007

On demande trop de l'école


Ce n’est pas tellement une question d’argent. Avec la moitié des ressources dont elles disposent actuellement, les écoles pourraient encore fonctionner, elles devraient nécessairement fonctionner; alors on découvrirait des expédients, alors on limiterait l’achat de matériel et la préparation des sorties éducatives, et les cours ne continueraient pas moins à être donnés. En serait-on plus mal? Pas obligatoirement. En ce sens, le mouvement d’indignation des parents québécois a été hors de proportion, lorsque l’on a appris que des jeunes de la région de Trois-Rivières avaient dû amasser des canettes pour s’offrir des dictionnaires neufs. L’activité n’a en soi rien de dégradant, et il faudrait plutôt se réjouir d’une initiative dans laquelle tous sortent gagnants, les élèves qui acquièrent des outils de travail par leurs propres moyens, le trésor public qui se réserve pour une meilleure occasion. Non, le problème de l’éducation publique n’est pas une question d’argent, ça ne l’a même jamais été.

Ce n’est pas non plus une question de personnel.

Plutôt, c’est une question d’attentes. La raison fondamentale des frustrations envers le système d’éducation public est que l’on ne sait plus trop quel rôle exactement le milieu scolaire doit tenir dans la formation de l’enfant. On a fondé, vaguement, un consensus autour de l’idée que la vocation de l’école n’est pas seulement de procurer un savoir à l’élève, mais de lui donner les repères nécessaires afin qu’il se développe pleinement comme individu, comme membre de la société et comme citoyen. Seulement, ce consensus n’est qu’une façade, du reste illusoire. Qui pourrait réellement affirmer qu’il existe un accord entre les parents quant aux valeurs et aux connaissances à enseigner à l’enfant? Qui pourrait soutenir qu’il existe une frontière claire entre ce qui doit être montré à l’école et ce qui relève de la contribution des parents, et que cette frontière est connue? L’alternance de soutien et de contestation pour la réforme de l’éducation illustre assez qu’il n’y a pas de formule simple et universellement acceptée pour décrire ce que l’école doit enseigner, et de quelle manière elle doit y parvenir.

Un autre symptôme de l’inadéquation du système scolaire québécois est justement la faiblesse des résultats qu’il obtient. Les insuffisances académiques des jeunes sont assez bien documentées pour nous dispenser de les relever: il n’y a pas un rapport qui ne commente sur un ton larmoyant la dégradation continue de la qualité du français. C’est un raccourci trop souvent utilisé de dire que les choses étaient meilleures avant; disons simplement qu’elles ne se sont pas améliorées. La façon des élèves de se comporter est tout aussi inquiétante. De plus en plus de professeurs confessent publiquement que leurs élèves ne se donnent en général pas la peine de compléter leurs devoirs, ou qu’ils se montrent irrespectueux envers toute autorité. La proposition de loi sur un code de conduite des étudiants dans les autobus est une preuve additionnelle du peu de considération dans laquelle l’institution scolaire est tombée. En face de son incapacité à faire adopter une discipline par les élèves, et confrontés au fait bien réel que l’école est impuissante par elle-même à créer des individus responsables et sensibles à leur environnement, nous devons bien convenir que le milieu scolaire comme école de vie est ni plus ni moins qu’un échec.

Pour quelle raison? Il n’est pas besoin d’aller très loin pour trouver une réponse. D’abord, parce que de par sa nature, de par son fonctionnement, l’école n’est pas faite pour pourvoir à tous les besoins d’un individu. Un horaire de cours chargé empêche que les enseignants accordent à chacun de leurs pupilles le temps et les énergies qui seraient nécessaires pour assurer un suivi cohérent. L’enseignement est un processus impersonnel, qu’il faut uniformiser pour le rendre aussi efficace que possible.

On a déjà fait remarquer les torts que cette situation entraîne pour l’étudiant: l’apprentissage qu’il reçoit ne correspond pas à son propre degré d’avancement, et accentue son retard s’il se trouve derrière la moyenne, lui fait perdre son temps s’il se trouve devant. Peut-on maintenant imaginer ce qui arriverait, si les intervenants en milieu scolaire devaient s’occuper de toutes les difficultés bien plus complexes que traverse l’étudiant dans sa vie sociale et affective, et qui vont déterminer la manière dont sa personnalité va se former? Quels remèdes l’école peut-elle donner à une peine d’amour, ou à une dépendance d’un jeune envers la drogue? L’école ne peut que laisser l’étudiant à lui-même, et c’est à l’extérieur de son établissement que celui-ci doit s’adresser s’il veut trouver indulgence, direction et compréhension.

Il y a autre chose. Demander à l’école de s’occuper du développement de l’enfant détourne celle-ci de ce qui constitue sa mission première et essentielle: assurer la formation intellectuelle de l’enfant. Il est du ressort de l’école d’enseigner les additions et les soustractions, de faire comprendre l’accord du pluriel et la conjugaison des verbes, de révéler de quelle façon l’évolution est responsable de la diversité des espèces ou encore l’année de la fondation de la ville de Québec, et le nom de son fondateur. Ce qui dépasse ce cadre risque de détourner l’école de sa vocation, de dilapider les énergies qui doivent être consacrées à l’enseignement proprement dit; et on a vu que cela se faisait sans aucun profit pour l’enfant.

Plus encore, on devrait considérer que le fait pour l’enfant d’accumuler les connaissances représente en soi une garantie pour son insertion éventuelle dans la vie civique. Apprendre à lire ouvre au jeune un accès privilégié aux ouvrages des grands auteurs, dans lesquels il peut trouver inspiration et conduites exemplaires. La maîtrise des mathématiques, l’acquisition d’une certaine culture générale donnent à espérer que l’individu saura obtenir un jour une bonne situation, un emploi valorisant, ce qui lui permettra de participer pleinement à la vie de sa communauté. De ses nouvelles compétences, il retire par ailleurs une confiance qui ne peut que se traduire par une ouverture et une tolérance plus grandes envers autrui. Si l’école ne peut contribuer que cela, on trouvera qu’elle a déjà fait au-delà de qu’on peut raisonnablement lui demander pour le bien-être de l’étudiant.

Cela n’est pas automatique. Cela exige des efforts soutenus, provenant de plusieurs sources. De la société, à travers les politiciens, médias et personnalités célèbres, qui doivent encourager le dépassement de soi à l’école sur toutes les tribunes qui s’offrent à eux. De la famille, qui demeure le milieu par excellence pour l’apprentissage de valeurs stables et solides. De l’individu lui-même, enfin, dont il n’y a rien à attendre s’il ne s’est pas d’abord pris en main. Il va sans dire que l’école a également un rôle à jouer dans la formation de l’enfant, et non le moindre. Mais à vouloir trop lui attribuer, à vouloir dégager tous les autres intervenants, société, famille et individu, de leurs responsabilités pour les faire porter sur les épaules du seul milieu scolaire, on fait de ce dernier un Atlas: une machine administrative inefficiente qui ne sait trop les objectifs qu’il lui faut viser et qui, par nécessité, ne remplit aucun d’entre eux.

1 Comments:

  • Bonjour,

    Post vraiment intéressant. Merci pour ce cmmentaire tres instructif sur l'école. Je t'ai répondu par blog intérposé sur http://livinglifelive.blogspot.com/2008/01/lcole-du-temple-du-savoir-un-foure-tout.html.

    Dis moi ce que t'en pense.... ;)

    By Blogger ilias, at 13 janvier, 2008  

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