Retour en arrière
Gilles Duceppe est toujours le même: il est Gilles Duceppe. Il n’est ni plus ni moins capable d’assumer la gestion de son parti qu’il ne l’était il y a une semaine; sa connaissance des dossiers en cours n’est ni meilleure ni moins bonne qu’elle ne l’était autrefois. En le reconduisant à leur tête, les députés du Bloc Québécois ont tenu à faire savoir qu’ils ne considéraient pas que l’autorité morale de leur dirigeant avait été sapée par sa tentative avortée de faire le saut dans l’arène politique provinciale. Dans les faits, donc, il semble que la page a été tournée, que toute cette aventure n’a été en somme qu’un mauvais rêve, et qu’il est possible finalement de faire comme si rien de tout cela ne s’était produit. Un Gilles Duceppe tout sourire faisant l’accolade à Pauline Marois devant les caméras, c’est l’image du mouvement souverainiste enfin réconcilié.
Est-ce seulement si simple?
Quelque chose s’est réellement passé, et qui n’est pas sans signification. On a raison, dans l’entourage du Bloc, de s’attendre à des railleries en chambre de la part des autres partis. En tout premier lieu, parce que les conditions dans lesquelles s’est effectué ce départ précipité, trahit une improvisation qui n’a rien de rassurant pour les électeurs québécois. Était-ce là une décision inconsidérée, ou plutôt un pari manqué? D’une façon comme une autre, M. Duceppe a clairement indiqué par son choix qu’il ne se considérait pas d’avenir au sein du Bloc Québécois. Il a semblé faire la preuve que le sommet du Bloc, à toutes fins utiles, n’est pas autre chose à ses yeux que l’antichambre d’une fonction plus prestigieuse au sein du Parti Québécois. Dans ce contexte, il n’est pas déplacé de poser la question de la profondeur de l’engagement de M. Duceppe envers son parti. Sa position en est fragilisée, à un moment précaire pour sa formation, qui aura à lutter contre l’impression laissée par les performances décevantes du Parti Québécois.
Il aura d’autant plus de mal à conduire son navire en droite ligne qu’à l’annonce de son désistement de la tête du Bloc, plusieurs personnalités ont manifesté leur intérêt quant à sa succession, et non des moindres: parmi eux, le leader parlementaire de sa formation, Pierre Paquette. Tous se sont rétractés, sans doute, et font aujourd’hui front commun derrière leur chef. Mais cet épisode démontre qu’il existe une certaine effervescence au sein du Bloc. Nombre de députés aspirent certainement à la tête du parti, et ayant vu dans les évènements de cette semaine l’esquisse d’une première opportunité, ils n’hésiteront pas à vouloir affermir leurs soutiens au cours des prochains mois. Il manque désormais à M. Duceppe une partie de la légitimité qui doit lui permettre de faire cesser ces jeux de pouvoir en coulisse.
M. Duceppe a reculé également sur un autre tableau. Lui qu’on désignait comme un sauveur potentiel, mieux, comme l’ultime chance de réaliser la souveraineté, il s’est vu déconsidéré en vingt-quatre heures au profit d’une adversaire qui, il y a deux ans à peine, perdait elle-même sans trop de gloire une course à la chefferie. Ce ralliement réalisé aux dépens de sa personne démontre la fragilité des appuis de M. Duceppe au sein du mouvement souverainiste, et donne à douter qu’il soit celui qui parvienne à faire l’unanimité, à faire cesser les tentations sectaires au sein du Parti Québécois. Sa récente déconvenue n’est pas faite pour lui attirer beaucoup de partisans.
D’autre part, la crédibilité du Bloc est en danger de souffrir elle aussi de cet incident de parcours. Tandis qu’il accomplissait le saut, M. Duceppe faisait le calcul que ses énergies seraient employées à meilleur escient à Québec qu’à Ottawa, ce en quoi on ne peut guère le contredire. Seulement, ce départ ajouté à la mauvaise impression que laissent les derniers sondages d’opinion, vont avoir pour effet de relancer le débat en sourdine sur la pertinence de conserver au parlement fédéral un groupe de députés d’allégeance souverainiste. Un capitaine qui fait mine de déserter son navire, cela n’inspire pas la confiance, et ce même s’il finit par revenir à la barre.
Tout converge vers cette interrogation: la carrière de M. Duceppe est-elle en péril? Il serait très prématuré de tirer cette conclusion, et on connaît l’homme trop bien pour ne pas s’attendre à le voir combattre de toutes ses forces afin de mieux revenir. Toutefois, il faut prendre acte de ce que, au sein du Bloc Québécois, il n’a plus toute la légitimité requise pour dicter au parti ses prises de position. Si les prochaines élections tardent à se concrétiser, il ne serait pas surprenant, et il serait peut-être d’ailleurs préférable pour le bien de l’option souverainiste que le poste de chef du parti fédéral soit occupé par un autre que M. Duceppe.
Gilles Duceppe est toujours le même: il est Gilles Duceppe. Il n’est ni plus ni moins capable d’assumer la gestion de son parti qu’il ne l’était il y a une semaine; sa connaissance des dossiers en cours n’est ni meilleure ni moins bonne qu’elle ne l’était autrefois. En le reconduisant à leur tête, les députés du Bloc Québécois ont tenu à faire savoir qu’ils ne considéraient pas que l’autorité morale de leur dirigeant avait été sapée par sa tentative avortée de faire le saut dans l’arène politique provinciale. Dans les faits, donc, il semble que la page a été tournée, que toute cette aventure n’a été en somme qu’un mauvais rêve, et qu’il est possible finalement de faire comme si rien de tout cela ne s’était produit. Un Gilles Duceppe tout sourire faisant l’accolade à Pauline Marois devant les caméras, c’est l’image du mouvement souverainiste enfin réconcilié.
Est-ce seulement si simple?
Quelque chose s’est réellement passé, et qui n’est pas sans signification. On a raison, dans l’entourage du Bloc, de s’attendre à des railleries en chambre de la part des autres partis. En tout premier lieu, parce que les conditions dans lesquelles s’est effectué ce départ précipité, trahit une improvisation qui n’a rien de rassurant pour les électeurs québécois. Était-ce là une décision inconsidérée, ou plutôt un pari manqué? D’une façon comme une autre, M. Duceppe a clairement indiqué par son choix qu’il ne se considérait pas d’avenir au sein du Bloc Québécois. Il a semblé faire la preuve que le sommet du Bloc, à toutes fins utiles, n’est pas autre chose à ses yeux que l’antichambre d’une fonction plus prestigieuse au sein du Parti Québécois. Dans ce contexte, il n’est pas déplacé de poser la question de la profondeur de l’engagement de M. Duceppe envers son parti. Sa position en est fragilisée, à un moment précaire pour sa formation, qui aura à lutter contre l’impression laissée par les performances décevantes du Parti Québécois.
Il aura d’autant plus de mal à conduire son navire en droite ligne qu’à l’annonce de son désistement de la tête du Bloc, plusieurs personnalités ont manifesté leur intérêt quant à sa succession, et non des moindres: parmi eux, le leader parlementaire de sa formation, Pierre Paquette. Tous se sont rétractés, sans doute, et font aujourd’hui front commun derrière leur chef. Mais cet épisode démontre qu’il existe une certaine effervescence au sein du Bloc. Nombre de députés aspirent certainement à la tête du parti, et ayant vu dans les évènements de cette semaine l’esquisse d’une première opportunité, ils n’hésiteront pas à vouloir affermir leurs soutiens au cours des prochains mois. Il manque désormais à M. Duceppe une partie de la légitimité qui doit lui permettre de faire cesser ces jeux de pouvoir en coulisse.
M. Duceppe a reculé également sur un autre tableau. Lui qu’on désignait comme un sauveur potentiel, mieux, comme l’ultime chance de réaliser la souveraineté, il s’est vu déconsidéré en vingt-quatre heures au profit d’une adversaire qui, il y a deux ans à peine, perdait elle-même sans trop de gloire une course à la chefferie. Ce ralliement réalisé aux dépens de sa personne démontre la fragilité des appuis de M. Duceppe au sein du mouvement souverainiste, et donne à douter qu’il soit celui qui parvienne à faire l’unanimité, à faire cesser les tentations sectaires au sein du Parti Québécois. Sa récente déconvenue n’est pas faite pour lui attirer beaucoup de partisans.
D’autre part, la crédibilité du Bloc est en danger de souffrir elle aussi de cet incident de parcours. Tandis qu’il accomplissait le saut, M. Duceppe faisait le calcul que ses énergies seraient employées à meilleur escient à Québec qu’à Ottawa, ce en quoi on ne peut guère le contredire. Seulement, ce départ ajouté à la mauvaise impression que laissent les derniers sondages d’opinion, vont avoir pour effet de relancer le débat en sourdine sur la pertinence de conserver au parlement fédéral un groupe de députés d’allégeance souverainiste. Un capitaine qui fait mine de déserter son navire, cela n’inspire pas la confiance, et ce même s’il finit par revenir à la barre.
Tout converge vers cette interrogation: la carrière de M. Duceppe est-elle en péril? Il serait très prématuré de tirer cette conclusion, et on connaît l’homme trop bien pour ne pas s’attendre à le voir combattre de toutes ses forces afin de mieux revenir. Toutefois, il faut prendre acte de ce que, au sein du Bloc Québécois, il n’a plus toute la légitimité requise pour dicter au parti ses prises de position. Si les prochaines élections tardent à se concrétiser, il ne serait pas surprenant, et il serait peut-être d’ailleurs préférable pour le bien de l’option souverainiste que le poste de chef du parti fédéral soit occupé par un autre que M. Duceppe.


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